2. La bohème artistique
L'esprit de la première école de Paris est celui de la bohème artistique, nichée dans les quartiers de Montmartre puis de Montparnasse. Si tous ses représentants n'étaient pas forcément liés par l'amitié, ils partageaient généralement le même mode de vie modeste. Chaïm Soutine a longtemps vécu dans la misère avant que le riche collectionneur et mécène américain Albert C. Barnes lui achète la totalité de son atelier en 1923. Amedeo Modigliani, dont la vie fut par la suite très romancée, a également connu la pauvreté et une certaine déchéance avant de mourir, en 1920, des suites d'une tuberculose mal soignée. Tous les deux ont été des locataires de la Ruche, un ensemble d'ateliers d'artistes ouvert à Montparnasse, et qui ressemblait au Bateau-Lavoir où vécurent Picasso, Van Dongen, Juan Gris (1887-1927) ou encore le sculpteur Constantin Brancusi (1876-1957). Avec des poètes de leur temps, Guillaume Apollinaire ou Max Jacob, entre autres, ces artistes aimaient à se retrouver dans les cafés. Les cabarets du Chat noir ou du Lapin agile, fréquentés dans les premières années du siècle, ont ensuite été supplantés par la Coupole et le Jockey, à Montparnasse, au cours de l'entre-deux-guerres. Les Russes aimaient quant à eux se retrouver en communauté autour de Marie Vassilieff (1884-1957), femme peintre qui avait ouvert une cantine dans le même quartier. Ces lieux de vie devinrent parfois une annexe de leur atelier et des salles d'exposition.
À la différence des courants académiques, les artistes de l'école de Paris ont d'abord puisé leurs thèmes et leur inspiration dans la vie parisienne. Les bordels, les cafés et l'agitation populaire des rues ont représenté pour eux un vaste répertoire de sujets modernes et parfois anecdotiques. Bien loin des académies classiques, ils ont fait poser leur modèle de façon sensuelle et parfois érotique. Kiki de Montparnasse fut l'un des modèles fétiches d'un certain nombre d'artistes de l'école de Paris. Compagne de Man Ray, elle posa nue pour Kisling et Foujita. Pascin peignait quant à lui de très jeunes modèles. Certains membres de l'école de Paris recevaient aussi des commandes de la part des milieux bourgeois. Ainsi de Kees Van Dongen, un des premiers à s'être établi dans la capitale et qui fut l'un des grands portraitistes mondains de son temps.
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