3. La doctrine légiste
La doctrine légiste est établie sur trois piliers : l'universalité de la loi pénale, la technique de la manipulation des hommes dans l'art de gouverner, l'importance des positions de force pour l'exercice du pouvoir. L'utilisation uniforme des châtiments et des récompenses, « les deux poignées du gouvernement », comme sanctions de toutes les mesures politiques et à l'égard de tous les sujets sans exception, est à l'opposé de l'humanisme confucianiste qui prétend opérer par la culture des sentiments moraux la régulation d'une société où les rapports interindividuels sont différenciés à l'extrême sur le modèle des relations de parenté, et fortement hiérarchisés en vertu de privilèges de classe reflétant ceux des générations dans la famille. Elle se fonde sur l'idée que les hommes ne sont mus que par la crainte ou l'intérêt, ce qui conduit à les considérer non pas tant comme égaux devant les lois que comme homogènes sous la prise de l'unique loi pénale. C'est encore l'égoïsme humain qu'exploite à son tour un art de gouvernement élaboré selon les critères d'un rationalisme réaliste remarquablement vigoureux, qui emprunte aux sophistes chinois leur dialectique d'origine moïste, mais non sans renverser la visée unanimiste de Mo zi, et en tournant en dérision l'objectif illusoire d'un bien commun pour opposer savamment les unes aux autres convoitises et craintes particulières afin d'en tirer une résultante favorable au pouvoir établi. La conception d'une dynamique sociale ainsi caractérisée par l'antagonisme des contraires se renversant les uns dans les autres, contrariétés individuelles, cependant, plutôt que contrariétés de classes, est largement inspirée de la philosophie taoïste de la contradiction. Cette philosophie promet la maîtrise des pulsions apparemment incohérentes de l'« être innombrable » à celui qui, renonçant à ses propres désirs et à sa vision partielle des choses, sait se placer extatiquement au centre ontologique de l'univers, d'où l'immobilité commande sans action tous les mouvements du monde. Les légistes en ont tiré le principe de l'exercice du pouvoir souverain par la voie – dao – du non-agir – wuwei –, à partir de la position de force que procure le siège d'une royauté unique et absolue, grâce à la retenue sans partage de l'autorité suprême. Leur doctrine, réprouvée en Chine depuis les Han à l'égal de celle de la tyrannie en Occident, a néanmoins marqué l'Empire chinois d'une empreinte indélébile.
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