2. Le dodécaphonisme sériel et les compositeurs de l'école de Vienne
Curieusement, des trois compositeurs viennois, seul Webern respectera avec une fidélité scrupuleuse les « règles du jeu » de la série dodécaphonique alors que Schönberg les enfreindra régulièrement, allant même parfois jusqu'à sembler complètement indifférent au système qu'il avait créé. C'est en 1923, dans Walzer (« Valse »), dernière des Cinq Pièces pour piano, opus 23, qu'il utilise pour la première fois la méthode de composition à douze sons. Puis il l'applique à une œuvre entière dans la Sérénade, opus 24, créée en 1924. L'emploi du dodécaphonisme sériel sera chez lui systématique jusqu'à son travail sur son opéra-oratorio Moïse et Aaron (1926-1932). Après son exil aux États-Unis, en 1933, il composera encore quelques grandes œuvres dodécaphoniques comme le Concerto pour piano, opus 42 (1942), ou le Trio à cordes, opus 45 (1946), mais l'ensemble de sa production est marqué par le retour d'éléments caractéristiques du langage tonal.
C'est avec Berg que l'utilisation de la méthode de composition sérielle est la plus étonnante. Une des qualités dominantes de ce compositeur est en effet cette capacité de confronter les tendances les plus modernes de son temps aux exigences d'une tradition avec laquelle il s'est toujours refusé à rompre. Ainsi, pour son Concerto pour violon « À la mémoire d'un ange », composé en 1935, il choisit une série dans laquelle se retrouvent arpégés plusieurs accords parfaits majeurs et mineurs et inclut dans le dernier mouvement une citation de la cantate de Jean-Sébastien Bach Ich habe genug, BWV 82. En tentant une synthèse des langages et dans une démarche qui n'appartient qu'à lui, Berg s'efforça de rattacher au passé chaque nouvelle étape de la révolution musicale qui avait été mise en place par Schönberg.
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