2. Une peinture sans limites
Refusant le formalisme de l'abstraction géométrique et son fondement conceptuel, les artistes empruntent aux surréalistes la notion d'automatisme psychique qui accorde une priorité absolue au mode de conception. Par ailleurs, de nouveaux matériaux et de nouvelles pratiques font leur apparition et ouvrent des perspectives sans fin d'improvisation et d'expérimentation. Pollock utilise de la peinture industrielle, ainsi qu'une boîte percée de trous pour répartir le pigment sur la toile. Kline emploie des brosses de peintre en bâtiment et Gottlieb une éponge de cuisine pour poser ses tâches de couleur. Arshile Gorky, arrivé d'Europe et protégé d'André Breton, peut, selon Barbara Rose, être considéré « comme le dernier des surréalistes ou le premier des expressionnistes ». À partir de la figuration traditionnelle, il tisse sa toile d'un réseau de signes qui doivent être l'expression directe des mouvements de l'inconscient. Motherwell, pour sa part, préfère affirmer que l'automatisme n'est pas tant une affaire de l'inconscient qu'une arme plastique. Pollock utilise l'automatisme comme moyen pour réaliser des tableaux totalement abstraits. Il introduit ainsi la notion du all over, où les surfaces sont traitées dans leur totalité, sans hiérarchie, entre le centre et les bords du tableau. Peignant au sol dans une sorte de frénésie immortalisée par nombre de photographies, ce n'est qu'après avoir projeté la peinture sur la toile (le fameux dripping) que le peintre en découpe les limites. « Mes peintures n'ont pas de sens, dit Pollock, leur intérêt est partout identique ». Pour les uns comme pour les autres, la surface peinte dépasse de beaucoup le chevalet et tend vers le « champ pictural ». Rothko peut ajouter : « Je peins des grandes toiles parce que je veux créer un état d'intimité avec le spectateur. Une grande peinture implique des échanges immédiats avec le spectateur, elle vous prend en elle. » Avec Rothko, la couleur devient le sujet et le moyen de construction du ta […]
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