3. La troisième naissance
Pendant ce temps, se développait un mouvement intellectuel qui allait aboutir à une troisième naissance de l'école de Chicago avec le recours à l'étiquette « interactionnisme symbolique », avancée par Blumer en 1937 pour désigner les travaux qui privilégiaient le rôle des relations interindividuelles dans la formation des normes sociales. Porté par de jeunes sociologues principalement californiens, dont certains avaient été formés à Chicago même, ce mouvement décida de réunir Blumer et Everett C. Hughes (1897-1983) qui, élèves respectivement de Faris et de Park, n'avaient pourtant pas grand chose en commun, et plusieurs de leurs propres élèves, notamment Anselm L. Strauss (1916-1996), Erving Goffman (1922-1982) et Howard S. Becker. L'étiquette « interactionnisme symbolique », qui regroupait désormais ces auteurs et quelques autres, se solidifia à la fin des années 1960, donnant lieu à la création de la Society for the Study of Symbolic Interaction (1974) et à la notion qu'il s'agissait là d'une « seconde école de Chicago ». Cela impliquait une rédéfinition de la « première », en sélectionnant cette fois des fondations philosophiques (Dewey et Mead) aussi bien que sociologiques (Thomas et Park), en même temps que les plus ethnographiques des travaux des années 1920 et 1930 – Burgess disparaissant au passage. C'est sous cette troisième espèce que l'école de Chicago se présente généralement aujourd'hui sur le marché sociologique français.
Sans doute faut-il préférer à la notion d'« école de Chicago », dont les usages stratégiques rendent par trop incertain le contenu, celle de « tradition sociologique de Chicago » – comme nous y invite l'ouvrage de Jean-Michel Chapoulie (2001). Ce vocabulaire permet de faire l'économie d'une impossible définition, pour centrer l'attention sur la transmission d'un ensemble de thèmes et de pratiques et sur ses transformations au cours du temps. C'est sur cette base que l'on peut renouer avec le récit historique en partant de Park et Burgess – faute de pouvoir remonter ici à la première génération des fondateurs du département – et en suivant certains développements jusqu'aux années 1960.
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