1. Historique
L'homme n'a certainement jamais pu ignorer les fluctuations des populations animales et végétales qui l'entouraient. Le chasseur paléolithique devait ainsi bien connaître les variations d'effectifs dues aux migrations saisonnières des rennes, et de nombreux textes anciens attestent de l'inquiétude des hommes devant les pullulations animales, notamment dans la Bible, avec la « septième plaie d'Égypte » : « Quand ce fut le matin, le vent d'Orient avait amené les sauterelles... Elles couvrirent la surface de toute la terre, et la terre fut dans l'obscurité » (Exode 10, 13-15).
Le premier regard scientifique sur la dynamique des populations semble être celui de Leonardo Fibonacci, dit Léonard de Pise, dont la célèbre suite de nombres est proposée dans le Liber abaci (1202) comme réponse à un problème de multiplication de population. Mais les fondements modernes de la dynamique des populations datent clairement de Thomas Robert Malthus. En 1798, avec son célèbre énoncé « Population, when unchecked, increases in a geometrical ratio », il fonde le double paradigme de la croissance exponentielle et de son impossibilité à long terme, qui sous-tend encore toute notre compréhension de la dynamique des populations, animales comme végétales. Il n'est donc pas étonnant que les travaux de Malthus aient eu un retentissement considérable, d'une part, en donnant naissance à un débat concernant les populations humaines, débat si durable et animé que « malthusien » est devenu un qualificatif péjoratif, et d'autre part, de façon moins connue, en influençant profondément les travaux de Charles Darwin sur la sélection naturelle. En effet, Darwin a fondé l'idée de « survie du plus apte » – sans aucune connaissance, rappelons-le – des mécanismes génétiques sur l'impossibilité d'une croissance indéfinie des populations. Il illustre cette impossibilité par une superbe parabole figurant la descendance d'un couple d'éléphants qui, dans des conditions optimales, couvrirait la terre en quelques siècles. Au […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 19 pages…



