7. La chute
Alexandre Dumas est à son zénith en 1847 : les revenus de ses feuilletons, joints au triomphe de l'adaptation de ses romans sur la scène de son Théâtre-Historique, lui permettent d'élever sur une colline dominant la Seine son château de Monte-Cristo. La révolution de 1848 entraîne sa chute. Il tente vainement, croyant venu le temps des prophètes, d'entrer dans l'arène politique. Mais, à chaque fois qu'il se présente devant les électeurs (dans la Seine, la Seine-et-Oise, l'Yonne et plus tard en Guadeloupe), il court à l'échec. Alphonse de Lamartine est à la tête du gouvernement provisoire, Victor Hugo et Eugène Sue à la Chambre. Lui, trop extravagant sans doute, est renvoyé à sa table de travail. À défaut de tribune, il entend influer sur le cours des événements en collaborant à des organes politiques (La Liberté, La France nouvelle, La Patrie, L'Événement), et en fondant son propre journal, Le Mois. Effrayé par les journées révolutionnaires du 15 mai et de juin 1848, il se rapproche du parti de l'Ordre et ne se montre pas défavorable à l'irrésistible ascension du prince-président, Louis-Napoléon Bonaparte. Cependant, il lutte surtout pour sa propre survie. Crise des théâtres, marasme de la librairie, droit de timbre frappant les journaux imprimant des feuilletons tarissent ses revenus. Son château est vendu, ses meubles saisis. Auguste Maquet, se rebellant contre sa condition subalterne, le quitte. Bientôt, le Théâtre-Historique doit fermer ses portes : c'est la faillite dont l'écrivain est reconnu responsable par jugement du 20 décembre 1850, confirmé le 11 décembre de l'année suivante. Dumas fuit la contrainte par corps en se réfugiant en Belgique. À Bruxelles, il retrouve tous les proscrits du coup d'État, dont Hugo. Il leur ouvre toutes grandes les portes de sa maison du 73, boulevard Waterloo. Un proscrit qu'il recueille, Noël Parfait, tente courageusement de rétablir la situation financière de l'écrivain. Tandis que le fils conquiert Paris avec sa pièce de théâtre La Dame aux camélias (1852), le père se penche sur son passé, poursuivant la composition de ses Mémoires, commencée le 17 octobre 1847. S'il n'envisage pas, malgré la défection de Maquet, la fin de sa carrière romanesque, ni de sa carrière dramatique, il prend conscience que désormais c'est la pente descendante de la vie qui l'attend.
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