10. Théâtre, histoire, roman
Les années d'apprentissage de Dumas correspondent à un renouvellement de l'histoire, comme si la société née d'hier, dans la douleur, éprouvait la nécessité de faire revivre en le galvanisant l'ancien régime disparu. C'est l'époque où se publient de nombreuses collections de chroniques et mémoires relatifs à l'histoire de France, rédigées entre autres par Petitot et Nicolas Monmerqué (1819-1829), Alexandre Buchon (1824-1829), Poujoulat (1836-1838). Autodidacte, certes, Dumas n'est pas cet esprit inculte trop souvent décrit. C'est un écrivain cultivé, grand dévoreur de livres. Parmi ses premiers drames, il range Henri III et sa cour, ainsi que Stokholm, Fontainebleau et Rome (Christine de Suède) et Charles VII chez ses grands vassaux, dans la classe des drames historiques, tandis qu'une œuvre dramatique qui les a suivis « Catherine Howard est un drame extra-historique, une œuvre d'imagination procréée par ma fantaisie ; Henri VIII n'a été pour moi qu'un clou auquel j'ai attaché mon tableau ». Détachée de son contexte, la phrase est devenue, chaque fois qu'un publiciste se mêle d'évoquer Dumas et l'histoire : « L'histoire est un clou auquel j'attache mon tableau. » S'entassent ensuite, répétées à l'envi, afin de démontrer la désinvolture de Dumas vis-à-vis de l'histoire, ses inadvertances : les maisons de Paris portant des numéros sous Louis XIII ou la porte des Conférences érigée avant l'heure dans Les Trois Mousquetaires, les sangliers fouillant un champ de pommes de terre avant Parmentier dans Le Vicomte de Bragelonne, et autres vétilles, comme si l'anachronisme n'était pas constitutif du roman historique, qui, transportant le passé dans le présent, ne peut que participer des deux. Cette généralisation, plus qu'abusive et à courte vue, interdit de saisir l'essentiel, à savoir l'effort de réflexion sur l'histoire entrepris par Dumas afin de lui découvrir un sens, par-delà le foisonnement des chroniques et des mémoires. Cette réflexion a donné lieu à u […]
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