4. Un maître de l'écriture jazzique
Auteur de thèmes, le Duke fait preuve d'une fertilité et d'une invention étonnantes. Non seulement il enrichit le jazz de quelques-unes de ses plus belles mélodies, mais il obtient avec certains de ses airs un succès populaire considérable. Cependant, plus encore qu'un inventeur de « tubes », il est – et la chose n'est pas courante dans le jazz – un authentique compositeur. En fait, il confère ses lettres de noblesse à l'écriture jazzique, qu'il fait échapper à l'anecdote, et se hisse au niveau des musiciens les plus marquants du xxe siècle, sans préjuger des catégories. Les alliages de timbres qu'il prémédite, avec une désarmante économie de moyens, restent sans équivalent dans l'histoire de la musique. Il est, à la fin des années vingt, à l'origine du style jungle, fondé sur l'opposition entre l'hyperexpressionnisme des cuivres (sonorités brûlantes, rageuses, rauques, obtenues à l'aide de la sourdine « wa-wa ») et la flexible rondeur des saxophones. Vers 1940, ses exceptionnels talents d'orchestrateur connaissent leur plein épanouissement et engendrent des chefs-d'œuvre incontestés, tels que Ko-Ko et Concerto for Cootie. Enfin, il faut noter qu'Ellington est le premier jazzman à pratiquer – avec du reste un inégal bonheur – l'art délicat de la « forme longue ». Ainsi, de nombreuses suites figurent-elles à son répertoire, dont la plus célèbre est sans doute Black, Brown and Beige. Il a en outre proposé des versions jazzifiées, discutables mais pleines d'humour et d'élan, du Casse-Noisette de Tchaïkovski et du Peer Gynt de Grieg.
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