3. Duke et son orchestre
De 1925 à 1955 environ, de « Bubber » Miley à Clark Terry, en passant par Johnny Hodges, Harry Carney, Rex Stewart, « Cootie » Williams, Ray Nance, Barney Bigard, Ben Webster, Paul Gonsalves, « Tricky Sam » Nanton, Jimmy Blanton, Oscar Pettiford et beaucoup d'autres, le Duke Ellington Orchestra verra défiler quelques-uns des plus brillants solistes de l'histoire du jazz. Ce n'est pas un hasard. Leur chef a besoin d'eux pour mettre en œuvre le dialogue où il puise son inspiration. Et l'un des aspects essentiels de son génie est d'avoir toujours su s'entourer des hommes les plus qualifiés pour servir sa musique – donner vie à son écriture et la prolonger par des improvisations qui forment avec elle un tout remarquablement homogène. Ses partitions tiennent compte du tempérament des interprètes tout autant que de leurs qualités musicales. Pour obtenir d'eux le maximum, il joue en virtuose de la relation affective qui existe entre lui et chacun de ses musiciens. Sans eux, sa musique n'aurait pu atteindre des sommets aussi élevés. De leur côté, ils avaient besoin du Duke pour faire éclore tous leurs dons. Preuve en est que, loin du maître, même les plus doués d'entre eux se sont souvent montrés moins convaincants.
Jusqu'en 1940 au moins, époque à laquelle Ellington se décharge d'une grande partie du travail d'écriture sur son alter ego, l'excellent arrangeur Billy Strayhorn, la composition ellingtonienne, à nos oreilles si parfaitement individualisée, est une aventure collective.
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