1. Le dualisme dans l'histoire des religions
• Religions primitives
Il ne suffit pas, pour qu'une religion soit dualiste, qu'elle comporte des mythes où il est question de bons et de mauvais esprits. Il faut encore que les deux classes soient nettement distinguées et rapportées à une origine distincte. Dans l'animisme, les esprits considérés comme ordinairement malfaisants ne sont pas imaginés comme d'une autre espèce que les esprits ordinairement bons. Ils font tous partie des forces naturelles qui peuvent être bonnes ou mauvaises selon le rapport considéré ou les circonstances.
C'est dans les religions qui contiennent l'idée d'un être suprême, d'un grand dieu créateur du monde, qu'on rencontre des mythes qui approchent du dualisme. Par exemple, chez les Indiens nord-américains et certains peuples d'Asie centrale et septentrionale, on trouve des récits d'où il ressort que le Grand Dieu a été le principal mais non l'unique créateur. Un second être est intervenu dans la création et c'est lui qui a causé l'institution de la mort. Le monde ne connaissait ni mal ni mort, mais le second être, qui est soit un adversaire, soit un collaborateur maladroit du dieu suprême, a fait quelque chose de malicieux ou de stupide qui a causé un dommage irréparable. Ces récits semblent exprimer l'étonnement que les hommes éprouvent devant le mal et la mort. Mal et mort ne peuvent appartenir à l'essence des choses, ils résultent d'un accident, il faut imaginer pour eux une autre explication que pour le reste des choses. Ce fait que le mal est senti comme un problème est certainement l'un des motifs qui peuvent conduire au dualisme. Mais ici la tendance dualiste ne va pas jusqu'au système. L'origine indépendante du second être n'est pas affirmée expressément. Tantôt il est une créature du Dieu bon, tantôt rien n'est dit de son origine.
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