2. Prolongements de la querelle
Le traité Du serf arbitre illustre de cette manière les quatre grands thèmes autour desquels s'est théologiquement structurée la Réforme protestante. Ces quatre thèmes s'expriment à l'aide de quatre « seulement », qui sont aussi quatre « pleinement » : solus Christus, sola gratia, sola fide, sola scriptura. Le Christ seul est l'acteur du salut des croyants, qui leur est offert par la grâce seule, don gratuit qu'ils reçoivent dans la seule foi qui croit en ce qui est promis, ainsi que seule l'Écriture sainte en témoigne.
Ainsi, à l'humanisme d'Érasme, qui parle en termes de morale et dont la religiosité lui apparaît bien tiède, toute faite de compromis qui pourraient conduire à l'indifférence, le théologien Luther entend opposer le mystère de Dieu, et devant ce qui risque de conduire au scepticisme, il place la foi. Il semble que Luther puisse paraître injuste à l'égard d'Érasme, lorsqu'il lui reproche d'être un « académicien », c'est-à-dire un sceptique radicale comme l'entendait Augustin dans sa Lettre contre les Académiciens. Les vues d'Érasme et, après lui, celles du concile de Trente, ont pourtant bien annoncé, en théologie dogmatique et morale, les thèses du jésuite Luis de Molina sur la grâce suffisante tant décriées par les jansénistes au siècle suivant.
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