2. En quête de la présence
L'architecture de cet ensemble se donne, comme le souligne John E. Jackson, pour « une sorte de dramaturgie en cinq parties des rapports du Je lyrique et de Douve ». Un Théâtre de dix-neuf poèmes brefs inaugure le recueil par sa scénographie du vent et du corps féminin, à la mesure d'une profondeur où les images ne prennent plus. Les Derniers Gestes suivent, qui forment avec Douve parle le corps central du recueil, lorsque s'articulent à travers les figures du phénix et de l'errante, dans une traversée polyphonique de la nuit, le « vrai nom » à un « vrai corps », et la voix à la présence sous l'espèce d'une « parole vécue mais infiniment morte/ Quand la lumière enfin s'est faite vent et nuit ». Dans les deux derniers mouvements du recueil, L'Orangerie et le Vrai Lieu, c'est une topologie qui ouvre le champ de la vérité de parole : une orangerie solaire, puis un jour déclinant, « Illuminant le lieu où tout fut dévoilé » (La Vérité).
On a pu voir dans ce mouvement irruptif, dans l'élaboration même de cette architecture rigoureuse la trace combinée de l'alchimie et d'une ère du soupçon né du refus du concept ; la recherche nue héritée de Rimbaud d'une image qui puisse restituer l'abrupt de la présence, la conjonction d'un lieu et de la formule. De fait, le premier poème s'ouvre sur une architecture sévère et une érotique de la fulguration : « Je te voyais courir sur les terrasses, Je te voyais lutter contre le vent,/ Le froid saignait sur tes lèvres.// Et je t'ai vue te rompre et jouir d'être morte ô plus belle/ Que la foudre, quand elle tache les vitres blanches de ton sang. » Tandis que la séquence ultime (Le jour franchit le soir, il gagnera) s'achève dans un suspens à l'envers des terrasses, à l'assaut des façades et au plus noir de l'œuvre : « Ô notre force et notre gloire, pourrez-vous/ Trouer la muraille des morts ? » Quelque chose enfin, qui est de l'ordre du récit, contribue à maintenir, dans ce bref recueil, la tension d'un suspense.
On a souvent souligné co […]
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