Avec deux millénaires et demi d'histoire littéraire, il n'est pas étonnant que la Chine ait de la peine à choisir son Dante, son Shakespeare ou son Goethe, à savoir un seul auteur qui dépasserait incontestablement tous les autres. Elle a néanmoins un poète que les hommes de lettres s'accordent à reconnaître, de par la supériorité de sa technique et l'absolue sincérité de ses vers, comme « le plus grand des poètes chinois », le « saint de la poésie » : Du Fu. Mais, s'ils reconnaissent Du Fu comme « le plus grand », ils ajoutent aussitôt que son aîné et ami Li Bo est son pair. C'est que ces deux amis représentent les deux tendances de l'âme chinoise : Li Bo, taoïste anarchique, exprime la tendance dionysiaque, en quête de l'ivresse de la nature ; Du Fu, par contre, est l'homme social engagé, le tenant de l'orthodoxie confucianiste. Sa passion intense pour l'ordre public, pour le bon gouvernement servi avec intégrité par des fonctionnaires loyaux prend corps dans la perfection formelle de ses vers, image de l'ordre social idéal auquel il aspire. En même temps, contrastes et dissonances, juxtapositions inattendues à couper le souffle montrent combien ses aspirations étaient loin d'ê […]
Autres références
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LI BO [LI PO] (701 env.-env. 762)
Auteur :
Jean-Pierre DIÉNY
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Bibliographie
Du Fu, Il y a un homme errant, trad. G. Jaeger, La Différence, 1990
P. Demiéville dir., Anthologie de la poésie chinoise classique, Paris, 1962, rééd. 1982
A. C. Graham, Poems of the Late T'ang, Londres, 1965, rééd. 1977
D. Hawkes, A Little Primer of Tu Fu, Oxford, 1967
W. Hung, Tu Fu, China's Greatest Poet, Harvard, 1952.
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