Notaire de la chancellerie royale, Gervais du Bus compose entre 1310 et 1314 le Roman de Fauvel, poème satirico-allégorique de 3 280 vers. Fauvel, nom souvent donné à un cheval, est ici une désignation emblématique : il est formé des initiales de Flatterie, Avarice, Vilenie, Variété, Envie et Lâcheté. La couleur fauve est signe d'hypocrisie. La glose étymologique interprète aussi le mot comme composé de faux et de vel (voile). Ce cheval est de plus le symbole de la bestialité qui bestourne, tourne dans le mauvais sens, l'ordre du monde. En effet, tous les « états » de la société s'empressent de « torcher » la bête et d'honorer le vice au lieu de servir la vertu et la raison. Dans la seconde partie du poème, on voit Fauvel chercher à épouser Fortune, qui refuse, car elle reste au service de Dieu le Père. La bête épousera donc Vaine Gloire, d'où vont naître d'autres trompeurs : ce sera le règne de l'Antéchrist. Du Bus est un clerc pessimiste ; il s'attaque aussi bien au pouvoir temporel de Philippe le Bel qu'au pouvoir spirituel du pape Clément V, à la corruption des nobles qu'à l'inconduite des ordres mendiants. Il semble avoir lu Renart le Bestourné, de Rutebeuf, et le Roman de la Rose, comme le Testament de Jean de Meung.
L'œuvre comporte 132 pièces musicales interpolées, motets et pièces à une voix : un tel recueil est le plus important de cette époque. Il y a quelques pages empruntées à l'époque antérieure ou au répertoire grégorien (ainsi, des poésies du chancelier Philippe) ; d'autres, les plus nombreuses, sont d'une composition originale, soit en latin, soit en français. Un des épisodes du Roman donne lieu à un charivari, illustré par une célèbre miniature, et offre un choix précieux de « sottes chansons », c'est-à-dire de refrains courts, qui préfigurent les farces et soties du xve siècle (c'est la première fois qu'apparaît l'expression). Les manuscrits, tel celui de la Bibliothèque nationale de Paris, numéro 146, suivent les principes de la notation mesurée franconienne, notation noire. L'œuvre se termine par un explicit qui a posé un grave problème musicologique : il contiendrait le premier accord parfait connu de la musique française (fondamentale, tierce, quinte), ce qui aurait été assez surprenant, car il faut attendre l'époque de Josquin Des Prés, postérieure de deux cents ans, pour rencontrer le deuxième ! Mais il semble bien que cet accord soit dû à une mauvaise interprétation du musicologue Pierre Aubry. Pour finir, signalons que deux motets du Roman de Fauvel ont été transcrits et arrangés pour clavier (on les interprète aisément, mais on ne peut pas chanter les ornements) : on les trouve dans le Robertsbridge Codex, la tablature d'orgue la plus ancienne qui soit connue (début xive siècle).
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