2. La codification
L'évolution ne s'est pas arrêtée là. Au siècle des Lumières, un courant doctrinal puissant – l'école du droit naturel – a demandé que l'on mette fin à la diversité et à la barbarie des coutumes, en établissant dans toutes les nations un droit conforme à la raison et à l'ordre même de la nature. La technique recommandée à cette fin fut la codification qui, après diverses tentatives faites ici et là, fut réalisée en France, sur une vaste échelle, sous le Consulat et sous l'Empire. À l'image de la France, les différentes nations ont adhéré, au cours du xixe siècle, à cette formule de la codification, qui est à présent regardée comme une des caractéristiques des droits de la famille romano-germanique, malgré son établissement assez récent.
La codification a eu, et elle conserve, de grands mérites. Elle a permis, lorsqu'elle est intervenue, de renouveler les solutions du droit, dans la mesure où la chose paraissait opportune, et de l'unifier au sein de chaque nation ; elle a permis aussi de simplifier la recherche en matière juridique en présentant les règles selon un ordre systématique facile à comprendre et en privant de valeur les règles qui n'avaient pas été retenues par le codificateur. Cette simplification a favorisé l'expansion des droits romanistes dans le monde ; de nombreux pays extra-européens, désireux de s'occidentaliser, ont modernisé leurs droits, au moins dans certaines de leurs branches, en adoptant des codes étroitement inspirés des codes du continent européen.
En regard de ces avantages, la codification a eu cependant deux conséquences fâcheuses.
En premier lieu, elle a détruit, au moins pour un temps, le sentiment d'unité qui existait parmi les juristes de l'Europe. Au lieu d'enseigner « le droit », on a désormais enseigné, dans les universités de chaque pays, « le droit national ». La science juridique s'est mise au service des praticiens, et elle a renoncé à assumer la mission qu'elle avait jusqu'alors définie comme étant la sienne, à sa […]
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