L’historien de l’art Douglas Cooper, mort à Londres à l'âge de soixante-treize ans, fut un grand collectionneur. Né riche, au moins suffisamment pour mener une vie luxueuse sans avoir besoin de travailler, il aurait pu cultiver le goût des arts en dilettante et déléguer à des conseillers le soin de former sa collection. Mais cet excentrique au ventre de Falstaff, au timbre éclatant, à la verve mordante, possédait une personnalité d'envergure, d'une indépendance absolue, certes capable de caprices, de snobisme, de vanité, mais incorruptible en matière de goût. On attendait de lui des épigrammes et des paradoxes, et il s'y adonnait volontiers en privé, plus rarement dans ses écrits. Ce qui domine pourtant ces derniers, c'est d'abord le souci d'exactitude historique, et aussi un attachement intime, convaincu, aux valeurs de la « peinture pure ».
Douglas Cooper avait étudié l'histoire de l'art en Angleterre dans les années 1930 et commencé presque aussitôt une sorte de cohabitation orageuse avec les « milieux savants » et les autorités de l'Université et des musées, dont il ne se gênait pas pour dénoncer à l'occasion l'incompétence, en homme que sa fortune met à l'abri des règ […]
