3. Théâtre et roman
Comme chez Baudelaire ou chez Diderot, l'homme de théâtre se révèle, chez Sade, lorsqu'il n'écrit pas du théâtre. Dans ses pièces très classiques de style et de sentiments, on ne reconnaît guère Sade, sinon par le soin extrême avec lequel il ordonne le rite : décors, machinerie, diction des acteurs, intermèdes de pantomime. Le roman lui offre en revanche le véritable théâtre qui lui était nécessaire. Les vastes orgies qu'il organise pour ses héros sont des rites minutieusement préparés : tragédie, figure de danse érotique, liturgie. Ce théâtre de visionnaire suppose aussi toute une dialectique des regards entre les personnages, le lecteur et l'auteur.
Les registres de Sade sont plus variés qu'on ne l'a dit. Il faudrait rappeler de quelle violence, de quelle éloquence il fait preuve dans les lettres écrites de Vincennes et de la Bastille. Nous possédons des fragments de son journal. Il a écrit des nouvelles assez diverses, depuis le simple fabliau ou l'histoire « gauloise » jusqu'à des nouvelles psychologiques et tragiques dans le meilleur style du xviiie siècle, réunies sous le titre : Les Crimes de l'amour. Plus vaste qu'une nouvelle, mais n'ayant pas cependant l'ampleur des grandes constructions romanesques, La Marquise de Gange (1813) est construite sur des données historiques qui permettent à l'auteur de prouver que la vertu n'est jamais récompensée. À la même veine se rattachent Adélaïde de Brunswick (commencée en 1812) et surtout l'Histoire secrète d'Isabelle de Bavière, reine de France : Sade a exploré la bibliothèque des Chartreux de Dijon, mais il a ajouté de sa propre invention un grand nombre de crimes. Le tableau du règne de Charles VI est exact. Le romancier, par la précision de la couleur locale, annonce le développement du roman historique à l'époque romantique.
Les Cent Vingt Journées, si elles tiennent à la fois de la démonstration philosophique et de l'analyse médicale, s'apparentent par leur forme au roman et à la nouvelle. Il s'agit d'une suite de récits – […]
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