Né dans le Devon, en Angleterre, Donald W. Winnicott fit des études médicales et se spécialisa en pédiatrie avant d'accéder, en 1923, au poste de médecin-assistant au Paddington Green Children's Hospital, où il allait exercer pendant quarante ans. Une formation analytique engagée, dès le début des années trente, avec James Strachey, puis avec Joan Riviere, le conduisit à prendre rapidement une part active aux activités de la Société britannique de psychanalyse. Il devait jusqu'à sa mort y occuper une place importante et en assumer la présidence de 1956 à 1959 puis de 1965 à 1968. Winnicott, par sa personnalité et son œuvre, a marqué profondément l'évolution contemporaine de la psychanalyse. Dans l'histoire du mouvement psychanalytique, Freud lui-même distinguait un temps de la solitude, un temps du compagnonnage, puis la période de l'institutionnalisation. Resterait à écrire la suite de cette histoire en mettant en scène une « seconde génération » des figures marquantes apparues après 1925, tels Melanie Klein, Jacques Lacan et Donald Winnicott. Dans cette génération, Winnicott doit être crédité d'une originalité supplémentaire. Il est, en effet, un des rares grands psychanalystes, sinon le seul, à avoir profondément influé sur la recherche et la pensée analytiques contemporaines sans pour autant être devenu un chef d'école : il n'y a pas de « winnicottiens » au sens où il y a des « kleiniens » ou des « lacaniens ». C'est là un trait qui se trouve en consonance avec son œuvre théorico-clinique, dont André Green a pu dire qu'elle est essentiellement une « pensée du paradoxe ».
1. Le champ d'investigation
Tout au long de la vie et de l'œuvre de Winnicott, on retrouve à la fois une orientation pédiatrique et une orientation psychanalytique, qui, sans que l'une détrône l'autre, s'accordent en un va-et-vient continuel. C'est vers 1930 que Winnicott apparaît sur la scène psychanalytique anglaise, à une époque où elle est particulièrement animée. En 1926, en effet, Ernest Jones, alors président de la Société britannique, invi […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



