4. Vers une interprétation d'ensemble
Si le texte de Mauss a aujourd'hui quelque validité dans le champ ethnologique, c'est, une fois dissipées les inexactitudes et les confusions conceptuelles, au prix de quelques spécifications. Il est sûr que l'on ne considérerait plus désormais comme dons réciproques des procès aussi institutionnalisés que les prestations matrimoniales, non plus que les tributs de clientèle qui sont l'objet de redistribution partielle. Il s'agit là de rapports trop réglementés entre des partenaires dont la position respective est trop strictement assignée pour faire l'objet d'un jeu négocié. En revanche, il est des espaces sociaux où priment les relations électives et où le type de rapport qui s'instaure entre individus est davantage le fait de la confrontation. C'est là qu'agit, dans toute son efficace, la diplomatie des dons échangés. Curieusement, leur registre se situe aux deux pôles extrêmes de la sociabilité, celui de l'« échange généralisé » – selon l'expression de Sahlins – et celui de la « réciprocité négative ».
En premier lieu, dans la parenté proche, la cohabitation et le voisinage prolongé, s'impose un réseau d'échanges trop dense et trop multiforme pour être aisément comptabilisé. D'ailleurs, les sociétés n'aiment pas voir s'y instaurer des rapports marchands, dont elles craignent l'action corrosive sur une réciprocité informelle qui a la vertu d'enrober les plus froids calculs d'intérêt.
Il est significatif que c'est ce registre qui fournit de précieuses analogies à un tout autre type de relations, celui des alliances où des chefs de groupes lignagers différents, des partenaires commerciaux issus d'ethnies lointaines, de simples amis de rencontre se désignent, avec force manifestations extérieures, comme des frères. Il s'agit là de rapports entre pairs, relativement intransitifs et pouvant connaître des destinées variables : les joutes amicales où l'on rivalise de générosité peuvent alterner avec de spectaculaires ruptures. La diplomatie raffi […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 5 pages…



