3. Les multiples adaptations
• Premières adaptations étrangères
L'Italie s'est emparée de don Juan. Parallèlement, la comédie littéraire et la commedia dell'arte l'exploitèrent avec un bonheur inégal. Jacopo Cicognini, dans un Convitato di pietra en prose (1650 ?), tout en conservant le dénouement fatal, en a surtout exploité les ressources burlesques. On lui doit notamment l'invention du « catalogue » des innombrables femmes abusées par don Giovanni ; l'échange de vêtements entre le valet (devenu Passarino) et son maître ; enfin la dissonance finale entre le cri de don Giovanni saisi par l'Enfer et celui du valet réclamant ses gages.
Une autre pièce italienne – perdue, celle-là – d'O. Giliberto serait la source directe des deux premières adaptations littéraires en France, dues l'une et l'autre à des comédiens-auteurs, Dorimon, puis Villiers : comédies tragiques en vers, toutes deux intitulées Le Festin de pierre, ou le Fils criminel et représentées aux alentours de 1660. Fort médiocres, elles offraient pourtant deux importantes nouveautés : le séducteur, peu séduisant, est un fils virtuellement parricide ; surtout, c'est un raisonneur qui ressent le besoin de justifier ses débordements par des professions d'incroyance empruntées aux libres-penseurs de l'époque. Toute une idéologie anti-chrétienne – réprouvée ici, mais qui pourra être exaltée par la suite – est en germe dans le piètre héros de ces deux auteurs.
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