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DON JUAN, livre de G. G. Byron

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2.  Une esthétique de la dérision

En rapprochant, pour mieux travestir les premiers, les idéaux et les réalités les plus sordides, Byron s'inscrit dans la grande tradition de la satire et de l'ironie chère au xviiie siècle, époque dont il se sent intellectuellement proche. Caustique et sans pitié, il dégonfle les idéaux – ceux de la guerre noble, par exemple, mais aussi de l'amour –, souligne l'écart entre les platitudes creuses, les idées toutes faites, les valeurs d'usage, et sa propre vision du monde, cynique, crûment réaliste, désabusée, mais toujours lucide. D'un trait acéré, il pointe le snobisme, les hypocrisies et les impostures de la comédie sociale. L'amertume de l'exilé, du fier aristocrate, pointe sous les mots d'esprit, tout comme se devine derrière les pirouettes les plus accomplies une indéniable angoisse existentielle. Son esthétique de la dérision n'épargne personne, mais inclut aussi l'autodérision, quand il se moque de son propre poème Childe Harold, qu'il a composé entre 1812 et 1818.

Reste que, même travesti, tourné en ridicule, le sublime demeure, au même titre qu'une forme de beauté et de noblesse d'âme à laquelle le poète reste attaché, malgré les apparences. De même, la tentation du nihilisme, avec laquelle le narrateur flirte complaisamment, quand il est d'humeur noire, est finalement conjurée. Ainsi, le choix paradoxal d'un héros trop tendre pour affronter la dureté du monde donne-t-il lieu à un habile retournement : coquille vide en attente d'être comblée par le désir des autres qui se projettent sur lui (ainsi en Angleterre, quand il est la coqueluche de ces dames) son don Juan rebondit de plus belle, débordant d'une énergie inversement symétrique aux forces déclinantes de son créateur. Malléable à l'infini, il s'accommode à merveille d'une société hostile, d'une histoire chaotique, d'un univers souvent absurde. Seule la mort de Byron à Missolonghi pouvait interrompre la rédaction d'un poème programmé pour ne jamais finir, pris dans un tourbillon de figures et de postures, qui sont comme les multiples et chatoyants atours dont se pare la séduction. 

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