2. Une pièce subversive et ironique
La transgression de Giovanni est lourde d'implications religieuses et morales : par cet amour innocent et profondément subversif à la fois, il assume la dimension d'un libre-penseur qui vit une religion naturelle à travers un érotisme dévoyé. Le sacrifice d'Anabella apparaît bien comme l'affirmation de sa liberté radicale, malgré le Ciel et les hommes, comme l'avènement d'un soleil noir, celui des libertins : « La gloire de mon acte/ A assombri le soleil de midi, fait du plein jour la nuit » (V, 6). Mais si Giovanni, en choisissant l'heure de sa propre mort, exerce son libre arbitre au moment même où il va être mis à mort, c'est le Cardinal, garant d'une morale douteuse, qui juge les actes d'Anabella dans les dernières lignes de la pièce, ultime pirouette de ce moraliste ironique qu'est Ford : « Qui ne pourrait dire : „ Dommage que ce soit une putain“ ? » (V, 6).
[…]… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 1 page…



