L'historien d'art Dominique Bozo a changé le paysage de l'art moderne et contemporain en France. C'est à lui que l'on doit la réussite du musée Picasso ; c'est à ses efforts que l'on doit la transformation d'un Musée national d'art moderne vieillot et frileux en l'un des centres les plus importants du monde pour qui veut comprendre l'art du xxe siècle. C'est grâce à lui, enfin, que la manne dispensée aux arts plastiques par le ministère de la Culture pendant les années 1980 (sous la houlette de Jack Lang) a été employée utilement. Dominique Bozo eut à cœur d'amélioration les collections publiques françaises ; il aimait le pouvoir non pour ses fastes mais pour ce qu'il permet de mettre en œuvre à long terme ; il avait enfin au plus haut point le sens du service public.
Beaucoup lui ont reproché ses démissions fracassantes, son caractère secret. Ayant très tôt choisi la voie du musée plutôt que celle de l'écriture (avec laquelle il admettait avoir des difficultés), il savait fort bien que personne, dans le monde des musées français, n'avait une vision aussi claire que la sienne sur l'art de la première moitié du xxe siècle (les musées étrangers le considéraient pour cette raison comme l'interlocuteur privilégié) ; mais il savait aussi que, pour imposer cette vision, il lui faudrait sans cesse affronter le monstre bureaucratique et ruser avec lui. Ses démissions furent ainsi autant de chantages efficaces.
Né en 1935 à Alençon (Orne), Dominique Bozo avait fait ses classes à l'École du Louvre (dont il était sorti avec le titre de conservateur des Musées de France), à l'Institut d'art et d'archéologie de l'Université de Paris, mais aussi dans un contexte beaucoup moins traditionnel, celui de l'École pratique des hautes études. Conservateur au Musée national d'art moderne dès 1969, il organisa plusieurs expositions dans le vieux palais de Tōkyō (dont celle des dessins et sculptures de Matisse en 1975) avant de préparer le déménagement du musée à Beaubourg. Contrairement à ce que l'on pense générale […]
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