C'est à San Juan, aux pieds des Andes, qu'est né Domingo Faustino Sarmiento. Issu d'une famille modeste, après avoir choisi l'exil, au Chili, pour combattre pendant douze ans le dictateur installé à Buenos Aires, il devient député, sénateur, ministre d'État, ambassadeur aux États-Unis, président de la République. Comme ses compatriotes, Sarmiento, dans ses articles consacrés au théâtre, à l'opéra, à la peinture, se montre partisan de la théorie de l'art social. Disciple du Madrilène Mariano José de Larra, qui se moquait d'une société espagnole archaïque, il s'amuse à brosser, avec une verve qu'aucun autre écrivain satirique hispano-américain n'égale, des scènes de la vie chilienne ou argentine, déplorant la sauvagerie des corridas et des fêtes de carnaval, le mauvais état des routes ou des abattoirs, les méfaits des préjugés. Malgré son admiration pour la civilisation, il laisse percer, dans son Facundo (1845), sa sympathie, voire son estime, à l'égard des gauchos. Ce livre et Souvenirs de province (Recuerdos de provincia, 1850) fourmillent de détails pittoresques sur la campagne argentine. La description des us et coutumes est pour lui un moyen d'exposer une réalité qu'il cherche à expliquer.
Croyant au « progrès continu » et ayant pour souci fondamental l'accession de la jeune Argentine au groupe des « nations civilisées », Sarmiento restera toute sa vie un journaliste, dans le plus noble sens du mot, et un éducateur. Au Chili, en 1842, on confie à cet étranger la direction de la première école normale d'instituteurs de l'Amérique de langue espagnole. En 1845, il se rend en Europe, puis aux États-Unis, pour étudier les systèmes d'enseignement en vigueur. Auparavant, il a fait adopter par l'université de Santiago une simplification de l'orthographe imaginée pour que le plus grand nombre possible d'individus apprenne facilement à lire ou à écrire. Défenseur acharné de l'enseignement laïque, ce franc-maçon qui a soutenu la cause des protestants au Chili et la liberté de pensée, tout en précon […]
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