C'est à l'époque carolingienne que l'on voit se dessiner l'organisation matérielle du domaine, telle qu'elle subsiste jusqu'au xiiie siècle. L'ensemble des terres d'un grand propriétaire était partagé en « manses » ou unités de culture ; l'un d'eux, généralement plus vaste, était le « manse du seigneur » (mansus indominicatus) dont les revenus étaient entièrement consacrés à l'entretien du propriétaire ; la culture de ce manse était assurée — en l'absence de tout salariat — par les corvées dues par les tenanciers des autres manses, sous la direction d'un régisseur. Dans ce manse seigneurial (ou « réserve ») il faut inclure tout ce qui était indispensable à la vie dans un régime d'autarcie presque complète : les vignes, les prés, les bois, landes ou taillis — sur lesquels les paysans pouvaient posséder un droit d'usage —, et le noyau même du village, cette « cour » (curtis) qu'on retrouve dans tant de toponymes de la France du Nord ; celle-ci regroupait la maison du propriétaire, divers ateliers (tissage, sellerie, forge, brasserie, moulin, etc.) et l'église, également propriété seigneuriale, dont le seigneur choisissait le desservant. Cette […]
