4. Boulez, inventeur de la musique contemporaine
Gilbert Amy ne poursuivit pas l'œuvre de son créateur. Il ouvrit en effet les portes du Domaine à un très grand nombre de compositeurs aux tendances stylistiques les plus variées. Le public découvrit ainsi John Cage, les compositeurs répétitifs américains, les compositeurs de musique électroacoustique. Il laissa également une grande place à l'improvisation, à la participation scénique des musiciens, à l'élargissement du champ sonore... Ces audaces ne furent guère appréciées. Il manquait également l'aura de Boulez. Le Domaine musical cessa d'exister en 1973. « Rien ne pousse à l'ombre des grands hommes », a dit Brancusi. Le Domaine musical se confondait avec la personne de Boulez. Et l'on peut penser que Gilbert Amy a commis l'erreur d'abandonner la politique menée par Boulez sans trouver véritablement de nouvelles orientations.
Le Domaine musical laissa la place à un autre projet de grande ambition : l'Institut de recherche et de coordination acoustique/musique (I.R.C.A.M.) et la création d'un orchestre, l'Ensemble InterContemporain, dédié exclusivement à la musique du xxe siècle. La nomination, connue dès 1972, de Boulez à la tête de ce projet n'incita probablement pas Amy à pérenniser le Domaine musical. Inauguré en 1974, l'I.R.C.A.M. n'a pas failli à sa mission : diffuser et faire connaître les créateurs de notre temps.
Le Domaine musical et l'I.R.C.A.M. se confondent avec la personne de Boulez, qui ne s'est jamais accommodé du confort de l'habitude. Ce chercheur de compositeurs à aimer, dont on peut dire qu'il a inventé la musique contemporaine en France, a réussi une chose que personne n'avait entreprise et pour laquelle il suscita jalousie, envie et haines tenaces : entreprendre le pari fou de faire aimer au public ce qu'il n'avait jamais entendu.
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