2. La naissance du Domaine musical
En dépit du franc succès de la première saison – le 10 avril 1954, au quatrième concert, les Cinq Pièces pour orchestre opus 10 de Webern, dont c'est la première audition en France, connaissent un succès tel qu'elles doivent être bissées –, Barrault et Simone Volterra font part à Boulez de l'impossibilité de continuer par manque de moyens. Boulez demande une subvention à la direction générale des beaux-arts, mais le projet est considéré comme trop avant-gardiste et la subvention est refusée. C'est alors que l'écrivain Pierre Souvtchinsky, ami de Boulez, apprend que Suzanne Tézenas, qui a une grande expérience de la recherche de mécénat dans le domaine de la peinture et de la littérature ainsi que de nombreuses connaissances dans les milieux de la haute bourgeoisie d'affaires, de l'aristocratie et de l'intelligentsia parisienne, s'intéresse à ce projet. Afin de pouvoir recueillir des fonds privés, il faut créer une association selon la loi de 1901. Suzanne Tézenas dépose les statuts de cette association en 1954 et en prend la présidence. Souvtchinsky suggère le nom d'Association des concerts du domaine musical, tiré d'un de ses ouvrages, publié en 1953 au P.U.F. sous le titre Musique russe, et dont le titre original, refusé par l'éditeur, était Domaine de la musique russe. La Compagnie Renaud-Barrault et Simone Volterra acceptent de prêter à nouveau le Petit Marigny et une campagne d'abonnements est lancée sur la base d'un programme de six concerts. Le premier, prévu le 12 février 1955 est, par manque de moyens, repoussé au 4 mai. Si le public ne souscrit pas massivement aux abonnements, il se presse néanmoins aux concerts ; pour le concert du 6 mars 1956, deux cents à trois cents personnes ne purent trouver de place. Malgré cela, l'association, qui ne reçut que peu de subventions de l'État (20 000 francs en 1966, 120 000 francs en 1970, 190 000 francs en 1973), sera pratiquement toujours déficitaire durant ses dix-neuf années d'existence.
La nécessité d'une salle plus grande va pousser le Domaine musical à s'installer en 1957 à la salle Gaveau puis en 1959 à l'Odéon-Théâtre de France, qu'il devra quitter en 1968, les événements politiques l'amenant alors à s'établir au Théâtre de la Ville jusqu'en 1973.
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