3. Un citoyen soviétique
Dès l'adolescence, Chostakovitch a apporté au régime soviétique une adhésion totale, sans réserve : il s'enorgueillit d'être un citoyen de l'U.R.S.S. et de pouvoir coopérer à l'« édification de la Cité ». Communiste sincère et idéaliste, il ne conçoit point son art séparé du « tout » auquel il a fait don de sa musique.
Il faut donc le considérer de son propre point de vue : il sert son idéal avec autant de conviction, de ferveur et de pureté que Bach et Beethoven ont servi chacun le leur. Vouloir séparer le « bon grain » de l'« ivraie », c'est prendre un faux départ, c'est s'engager dans une voie aussi vaine que celle qui amène certains à aimer la Symphonie de Leningrad parce qu'elle est « soviétique », et certains autres à la dénigrer pour la même raison ! La musique de Chostakovitch ne se juge pas à sa couleur politique, mais à sa valeur humaine : c'est un homme qui s'est mis tout entier dans son œuvre, avec ses doutes, ses angoisses et ses victoires ; un musicien qui a choisi l'homme et l'humanisme pour idéal suprême, en appliquant à la lettre une formule chère à Moussorgski : « Je veux parler aux hommes le langage du vrai ! »
Quelle sorte de vrai ? Une vérité universelle qui déborde le cadre de son actualité ; une vérité qui d'instinct préfère le style oratoire à celui de la confession ; une vérité libre de tout système, car la pensée compte plus que le langage en soi. Pour Chostakovitch, le « quoi », c'est-à-dire le fond, importe davantage que le « comment », la forme.
La parution, en 1980, des Mémoires de Chostakovitch recueillis par Solomon Volkov n'a pas modifié les aspects visibles de la biographie du compositeur. Malgré les doutes qui pourraient subsister sur son authenticité ou son objectivité, cette source nouvelle permet cependant d'éclairer les rapports de Chostakovitch avec le pouvoir soviétique et Staline, ses disgrâces successives, notamment en 1936 et 1948, et la nature des sentiments qu'il pouvait nourrir envers les autorités officielles. Les Mémoires aident à préciser certains points particuliers, comme ses relations avec l'avant-garde dans les premières années de la jeune République, surtout avec Maïakovski et Meyerhold, ainsi que sur l'importance accordée à sa musique de film.
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