Soufi, disciple de Sarī al-Saqatī et shaykh d'al-Ḥallādj, né à Nihawand dans le Djibāl (ancienne Médie), mort à Baghdād. Les mystiques le tiennent pour un très grand maître et le rangent, avec Muḥāsibī, parmi les représentants de la tendance modérée. Il eut, en effet, le net sentiment que, sans une nécessaire prudence, le mysticisme peut égarer les croyants hors de la vérité révélée. Il médita le mīthāq, pacte prééternel que Dieu passa à l'origine des temps avec toute la postérité encore à naître d'Adam : il faut revenir à cet état primordial, celui de l'engagement fondamental de l'humanité répondant positivement à l'appel de Dieu. C'est dans l'épreuve et la souffrance qu'on apprend le soufisme.
Pour justifier les locutions théopathiques employées par al-Bisṭāmī, al-Djunayd écrivait : « Celui qui s'abîme dans les manifestations de la Gloire s'exprime selon ce qui l'anéantit ; quand Dieu le soustrait à la perception de son moi et qu'il ne constate plus en lui que Dieu, il Le décrit. » La mort au moi, le fanā', n'est pas pour lui corrélative d'une subsistance en Dieu, le baqā'. Par le fanā', c'est Dieu même qui prend la place du moi. Al-Djunayd disait : « Le vivant, c'est celui dont la vie se fonde sur celle de son Créateur, non celui qui la fonde sur la subsistance de sa forme corporelle ; aussi la réalité de sa vie, c'est sa mort, car sa mort est l'accès au degré de la vie primordiale. »
Al-Djunayd a posé des bases solides sur lesquelles allaient s'élever les grands systèmes de la théologie mystique en Islam.
Roger ARNALDEZ
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