2. Le statut du devin et les techniques de l'écriture
Savant intermédiaire entre les connaissances « inférieures » de l'humanité et les puissances « supérieures » de la divinité, le devin traditionnel fait porter son interrogation sur toutes les formes possibles de la présence du sacré dans les messages déchiffrables de l'univers. Aussi, dans les grandes civilisations antiques, la divination et le personnel divinatoire dépendent-ils du pouvoir royal et se rattachent-ils aux traditions sacerdotales. Les devins spécialisés, même s'ils n'étaient pas toujours considérés comme membres du clergé, demeuraient attachés au service de la royauté. Aux Indes, le chapelain royal (purohita), prêtre-brahmane, spécialiste de la science des signes, conseillait la monarchie. En Chine, la charge de devin par l'écaille de tortue constituait une dignité héréditaire de la cour impériale, la divination étant pratiquée au nom du roi. En Mésopotamie, selon les archives de Mari, le devin participait aux opérations militaires qui tenaient compte de ses présages dans la mesure où ils exprimaient les desseins des divinités tutélaires.
• Recueillir et déchiffrer les signes
Techniquement, la consultation divinatoire impliquait, dans la plupart des cas, une récitation de prières ou de formules adressées aux dieux ou aux génies qui pouvaient favoriser l'observation, la recherche et l'interprétation des signes, selon un code traditionnel. L'importance attachée à l'écriture par les civilisations mésopotamiennes explique assez clairement la formation d'un système déchiffrable de l'univers dans lequel tout ordre, en principe, répondait à une cohérence des signes entre eux, à des messages analogiques qui pouvaient être lus et, par là, découverts et compris par le devin, selon des méthodes éprouvées par l'expérience des scribes chargés de conserver « les paroles sacrées des dieux ». L'origine divine des signes du présage est bien attestée dans la littérature akkadienne. C'est le dieu Shamash qui donne à lire les messages qu'il écrit sur le foie du mouton. À l'époque néo-babylonienne et séleucide, l'idéogramme qui désignait le « prêtre » fut utilisé à la place […]
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