4. Écrire pour tous
Buzzati est perçu comme un auteur populaire mais complexe, polysémique, présentant plusieurs niveaux de lecture. Il faut savoir par ailleurs qu'il n'a jamais accepté d'être considéré comme un romancier ou un intellectuel faisant partie d'une élite culturelle. Il aimait à se définir comme un simple journaliste écrivant de temps en temps des nouvelles, auxquelles il n'accordait pas une grande valeur. Si son écriture est rapide, engagée, journalistique, c'est pour mieux aborder toute une série de complexités philosophiques qu'il souhaite mettre à la portée de tous les lecteurs. C'est en parcourant ses contributions journalistiques (notamment le choix d'articles réunis en 1989 dans le recueil posthume Montagnes de verre, ainsi que ses chroniques sportives) que l'on peut saisir l'écriture incisive aussi bien de l'envoyé spécial que du critique d'art, dans la lignée des grands narrateurs journalistes du siècle dernier.
Buzzati est également resté célèbre pour ses dessins et ses peintures qui ont parfois même été conçus en fonction de certains de ses récits (comme Les Miracles de Val Morel [I miracoli di Val Morel, 1971]) et dont l'inspiration procède du fantastique, de la bande dessinée et de la science-fiction (comme dans Poème-bulles [Poema a fumetti, 1969]). Là encore, Buzzati s'est plu à brouiller les pistes en déclarant peu de temps avant sa mort qu'il avait été par-dessus tout un peintre dont le hobby fut le journalisme et l'écriture romanesque, sans oublier cependant de préciser qu'en s'exprimant par l'écriture et la peinture son but avait toujours été celui de raconter des histoires.
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