3. Un réalisme magique
L'ascension, la descente, l'avalanche, le gouffre, l'érosion, le vertige ou la chute sont autant de thèmes récurrents chez cet écrivain qui puise aussi son inspiration dans les escarpements rocheux de ses Dolomites natales, comme le souligne Marcel Brion en 1959 dans sa Préface à la première édition de la traduction française du Secret du Bosco Vecchio (Il segreto del Bosco Vecchio, 1935).
Buzzati occupe une place originale au sein de ce qu'il est convenu d'appeler la littérature fantastique, un genre peu fréquenté par les écrivains italiens du xxe siècle. Il constitue sans doute, en compagnie d'auteurs tels qu'Alberto Savinio (1891-1952), Massimo Bontempelli (1878-1960) et Tommaso Landolfi (1908-1979), le quatrième maillon d'une chaîne particulière, celle du « réalisme magique », un mouvement aussi bien littéraire que pictural qui s'attache à inventer des histoires où les faits-divers du quotidien basculent dans l'étrange, l'imprévu, l'humour noir, où les effets de surprise nous induisent sans cesse à méditer sur l'inquiétude existentielle, la peur du vide, la démesure du temps, les abîmes qui s'ouvrent à nos pieds là où semble dominer la normalité de la routine journalière. Buzzati incarne pleinement cette figure d'arpenteur de la démesure.
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