Décrite pour la première fois par Leonhart Fuchs en 1542, reconnue diurétique et cardiotonique à la fin du xviiie siècle par les Anglais Withering et Cullen (les paysans de leur pays l'employaient empiriquement dans l'épilepsie, non sans risques), la digitale (Digitalis purpurea L.) s'est imposée de nos jours comme le grand médicament des déficiences du muscle cardiaque. Cette scrofulariacée est une plante très toxique, à la composition complexe. La feuille, partie surtout employée, contient beaucoup de manganèse, des pigments jaunes, un tanin, des enzymes, des sucres (digitoxose, digitalose, diginose), mais il faut retenir surtout les principes actifs, plusieurs saponosides et les hétérosides cardiotoniques : digitoxoside (ou digitaline, obtenue cristallisée par Nativelle en 1869), gitoxoside, etc. Présence aussi d'hétérosides non cardiotoniques.
10 grammes de feuilles sèches et 40 grammes de feuilles fraîches sont mortels pour l'homme. Les empoisonnements, rares, et dus le plus souvent au non-respect des doses thérapeutiques, se traduisent par des troubles digestifs (douleurs abdominales, vomissements), nerveux (dilatation de la pupille avec désordres de la vision, vertiges, migraine, prostration ou convulsions, délire), cardiaques (ralentissement du pouls, chute de la tension artérielle). Le patient est très faible (le moindre effort peut provoquer une syncope fatale) et il faut le tenir dans un état d'immobilité absolue. Le recours au médecin doit être immédiat.
La digitale agit d'une part directement sur le muscle cardiaque, où se localisent une fraction des hétérosides cardiotoniques, d'autre part sur son innervation. Aux doses thérapeutiques, elle ralentit, renforce et régularise le rythme du cœur, abaisse l'hypertension veineuse, réduit l'hypertrophie cardiaque. Elle est puissamment diurétique dans les cas d'infiltration pathologique liés aux troubles cardio-rénaux. Ses indications en cardiologie sont nombreuses et de première importance, surtout en ce qui concerne les déficiences essentielles du myocarde. La gravité des affections traitées, la haute toxicité du produit (il figure au tableau A des substances vénéneuses), les nombreuses contre-indications, les risques d'accumulation dans l'organisme réservent évidemment le maniement de la digitale aux mains les plus expertes.
Pierre LIEUTAGHI
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