3. Les problèmes actuels du diffusionnisme
On a cherché à établir des typologies du diffusionnisme : celle de Wissler distingue diffusion spontanée, au hasard des contacts, et diffusion volontaire, sous l'effet de la conquête et de la contrainte ; celle de Kroeber distingue la diffusion par contact et emprunt et la diffusion par stimulation (le principe seul du trait diffusé est retenu, mais à partir de ce principe, la société réceptrice invente quelque chose de nouveau) ; dans la diffusion contrôlée, la société réceptrice « sanctionne » par ses choix et refus les transferts possibles d'une culture donneuse. En outre, on tient de plus en plus compte de ce que les emprunts ne se font pas mécaniquement, d'un groupe à un autre, mais par l'intermédiaire des hommes qui choisissent, adaptent à leurs institutions ou remodèlent les traits acceptés, ce qui fait que, comme le remarquait P. Mercier, le débat entre convergence et diffusion perd de son acuité : la diffusion est création autant qu'emprunt proprement dit. Keesing, dans cette voie, va même jusqu'à distinguer non pas invention et diffusion, mais innovation primaire (invention) et innovation secondaire (par l'intermédiaire du transfert). Enfin, non seulement tout emprunt doit s'adapter à la société globale, mais encore la société globale devra à son tour s'adapter à lui ; il y a aussi toute une dialectique à étudier entre la « causalité externe » (imitation) et la « causalité interne » (réinterprétations, transformations en chaînes, effets à long terme de l'emprunt à côté de son acceptation immédiate). On applique alors aux phénomènes de diffusion quelques-unes des idées qui se sont dégagées d'abord dans l'étude de l'acculturation, la seule différence qui subsiste entre ces deux processus étant que dans le cas de l'acculturation on dispose de documents historiques, alors que dans celui de la diffusion on se trouve en présence d'acculturations achevées dont on doit reconstituer après coup les cheminements probables.
Selon C. Lévi-Strauss enfin, la notion de similitude qui a donné naissance à la recherche des faits de diffusion devrait être remplacée par celle, plus riche, d'affinité, car la diffusion ne procède pas seulement par emprunt ou refus, mais encore par « antithèse », et ainsi peut « engendrer des structures qui offrent le caractère de réponses, de remèdes, d'excuses ou de remords ». Il en donne des exemples dans certains chapitres de son Anthropologie structurale, inventant ainsi ce que l'on pourrait appeler une psychanalyse des contacts ethniques.
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