2. Critique du diffusionnisme
L'hyper-diffusionnisme est complètement abandonné. Car il repose sur des similitudes si extérieures et si fragiles qu'il ne peut convaincre personne : par exemple, « les plates-formes en pierre de Polynésie, les tertres de la vallée de l'Ohio sont tenus pour des formes vestigiales ou marginales des pyramides [...]. Le fémur d'un roi africain mort, conservé à des fins rituelles, représente une diffusion de la momification égyptienne. Toute grosse pierre commémorative passe pour un monument mégalithique de même origine » (Herskovits). L'absence, dans cette doctrine, de tout critère de diffusion fait que nous avons affaire ici à une caricature du diffusionnisme.
L'école historico-culturelle n'a plus, en dehors du Cercle de Vienne, que de rares représentants. Car, si elle est plus prudente dans ses reconstitutions historiques, elle ne tient pas suffisamment compte de la distance. On trouverait par exemple, en Océanie chez les Papous, en Afrique occidentale et au Congo, dans quelques cultures indiennes d'Amérique du Sud, des « complexes culturels » semblables : sociétés secrètes avec masques, cannibalisme, boucliers en jonc et en bois, xylophones et flûtes de Pan, etc. Peut-on en déduire une origine unique à partir de laquelle ce complexe se serait diffusé ? Mais, comme le remarque Herskovits, ces éléments « ne forment un complexe que dans l'esprit du savant ; ils n'ont pas d'association fonctionnelle dans les régions où ils se manifestent ». Les principes mêmes à partir desquels cette école a pu se fonder, les idées d'aire chronologique et de diffusion concentrique, ont été critiqués sévèrement par Dixon, car si les faits de diffusion existent bien, la diffusion se fait en général « sans ordre », elle ne va pas toujours d'un centre à la périphérie, mais le plus souvent, au contraire, ces éléments ont une « origine marginale » ; enfin, lorsqu'on passe d'une culture à une autre, les emprunts sont tellement modifiés par la culture qui les prend qu'il est fort hasardeux d'essayer de les reconnaître. Le caractère arbitraire des reconstitutions élaborées par l'école historico-culturelle a fait abandonner ce genre de recherches à partir de 1930 environ.
Toutefois, l'élimination de l'hyper-diffusionnisme, comme celle des reconstitutions hasardeuses de l'école austro-allemande, n'empêche pas l'ethnologie contemporaine de conserver, dans son système théorique, le concept de diffusion à côté de celui de convergence. Seulement, ce concept de diffusion est de plus en plus raffiné.
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