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BONHOEFFER DIETRICH (1906-1945)

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3.  La foi dans l'abandon

La vie et l'œuvre de Bonhoeffer se précipitent. Ses amis du mouvement œcuménique voudraient le sauver, sachant sa résolution personnelle de ne pas combattre pour l'Allemagne de Hitler. Mais, arrivé à New York le 12 juin 1939, il en repart quinze jours plus tard, convaincu de ne pas pouvoir vivre en pays étranger le déchirement entre l'amour de sa nation et le souhait de la défaite de Hitler. Revenu en Allemagne, Bonhoeffer intensifie sa coopération au mouvement de résistance. Il obtient des services de contre-espionnage de l'amiral Canaris un ordre de mission qui lui évite la mobilisation et lui permet des voyages en Suisse et en Suède, où il tentera en vain de négocier un accord entre la résistance allemande et les Alliés. Arrêté le 5 avril 1943, il reste dix-huit mois en prison militaire à Berlin, d'où nous sont parvenues les célèbres lettres. Puis il est transféré à la prison de la Gestapo en octobre 1944, et finalement pendu le 9 avril 1945.

Deux livres posthumes marquent cette troisième étape. D'abord l'Éthique, écrite par fragments de 1940 à 1943. Bonhoeffer y étudie la vie naturelle comme le domaine des réalités avant-dernières données à tous par la réalité dernière de Dieu. L'homme est responsable de l'avant-dernier, Dieu justifie le dernier. L'éthique consiste donc à préserver, contre le nihilisme, l'avant-dernier, à répondre à la justification divine par la justice humaine, à devenir, dans le risque de l'action, concrètement responsable de la réalité abandonnée. Les lettres de prison, parues en 1951 sous le titre Résistance et Soumission, accentuent ce sentiment d'abandon d'un monde sans Dieu. Mais, par un renversement saisissant, Bonhoeffer voit à la faiblesse de Dieu au milieu du monde une double signification positive : tout d'abord l'approbation par Dieu lui-même de l'autonomie de ce monde « majeur », ensuite le compagnonnage avec Jésus-Christ crucifié, qui vit devant Dieu le sans-Dieu de son abandon. Au schéma religieux classique d […]

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