2. La reconnaissance
Les images d'Arbus sont terribles. Elles sont inoubliables. Selon Peter Bunnel, qui fut conservateur pour la photographie au MoMA, ce qui gêne dans ces photographies, c'est moins ce qu'elles représentent que l'emprise qu'elles exercent sur le spectateur : « Elles nous forcent à nous demander qui nous sommes. » Bel hommage à leur pouvoir.
Diane Arbus est devenue photographe, exécutant des commandes, mais surtout sachant choisir ses sujets, tant pour la presse que pour elle-même, et ne cessant de procéder à des investigations, notamment techniques, échangeant avec ses proches, dont son exact contemporain Richard Avedon. Elle enseignera même à la Parsons School of Design, à la Rhode Island School of design et à Cooper Union à New York.
Elle se suicide à quarante-huit ans. Un an après la parution d'un portfolio, A Box of Ten Photographs, dont elle ne vendra que fort peu d'exemplaires. Un an avant que son œuvre ne soit exposée au MoMA, publiée par Aperture, découverte par un large public qu'elle marque de façon décisive, définitive.
Finalement elle apparaît certes lucide et peu complaisante, mais confiante dans un travail qui, parfois, réconcilie – la réconcilie, ou ses modèles, avec le monde. Ainsi : « Le procédé photographique en soi possède une sorte d'exactitude, de précision intense dont nous n'avons pas l'habitude – pas dans nos rapports avec autrui. Nous sommes moins durs avec les autres que lorsque l'appareil entre en jeu. Ça a quelque chose de froid, de rude. [...] Je pense que ça fait mal d'être photographié, un peu... mais : l'une des choses qui m'a frappée très tôt, c'est qu'on ne peut pas mettre dans une photo ce qui va y apparaître. Ou au contraire, ce qui apparaît n'est pas ce qu'on y avait mis, et aussi : je n'ai jamais pris la photo que je voulais. Elles sont toujours meilleures ou pires. »
En 2003, une rétrospective, accompagnée d'une imposante publication intitulée Revelations, commençait son itinérance au musée d'Art moderne de San Franc […]
… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 3 pages…



