2. D'un âge cicéronien à un âge tacitéen
Le De Oratore a été redécouvert avec bonheur à la Renaissance : la référence à Cicéron est en effet consubstantielle à l'humanisme. Elle domine le xvie siècle – non sans affronter le soupçon des philosophes, qui pouvaient se réclamer de la critique par Sénèque des déclamateurs (Lettres à Lucilius) et, d'un point de vue plus spécifiquement religieux, du De doctrina christiana (Enseigner le christianisme) d'Augustin – lequel avait tenté de mettre en place une rhétorique mieux accordée à une anthropologie chrétienne. Historien de L'Âge de l'éloquence dans le premier xviie siècle, Marc Fumaroli voit succéder à cet « âge cicéronien » un « âge tacitéen » : dans un contexte politique de plus en plus autoritaire, le Dialogue des orateurs devient le lieu d'une méditation sur un magistère littéraire – et pas seulement moral ou spirituel – qui puisse être compatible avec une sorte d'exil intérieur. L'absolutisme politique entraîne le déclin de l'éloquence civique tout en favorisant l'éclosion d'une grande éloquence tragique, celle de Corneille et de Racine dont les pièces fantômes de Maternus, Caton et Néron, auraient donné l'exemple. La lecture de Tacite, serviteur de Trajan mais maître de désillusion, historien des heures sombres de l'Empire, nourrira ensuite l'exigence critique des Lumières et de la Révolution française.
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