2. Le renouveau des études diachroniques
Après les éclatants succès de la linguistique synchronique, les études diachroniques ont à leur tour connu un développement considérable, depuis le tournant des années 1960. Ce renouveau a été dû pour l'essentiel aux apports des recherches sur la typologie et les universaux des langues, ainsi qu'à l'émergence de la notion de « grammaticalisation » dans le cadre de la linguistique cognitive. Dans cette perspective, au-delà du classique domaine phonétique, ce sont également les évolutions lexicales et grammaticales qui ont fait l'objet d'études diachroniques dans des cadres théoriques renouvelés (C. Marchello-Nizia, Le Français en diachronie. Douze siècles d'évolution, 1999).
Par ailleurs, le regain d'intérêt porté depuis les années 1980 aux questions touchant à l'origine du langage ainsi qu'à la filiation des langues a conduit à bouleverser l'échelle historique prise en compte dans les travaux récents consacrés à l'évolution linguistique. Les uns, s'appuyant sur des considérations paléoanthropologiques, biologiques et culturelles, s'emploient à retracer et à dater l'émergence de la faculté de langage chez l'homme. Les autres cherchent à reconstruire sur des bases linguistiques – confrontées à des données sur la génétique des populations – la protohistoire des langues du monde. À partir des travaux de Joseph Greenberg, une douzaine de « macro-familles » linguistiques ont ainsi été reconstruites hypothétiquement par Merritt Ruhlen, parmi lesquelles la famille « eurasiatique » qui regrouperait les langues indo-européennes et une diversité d'autres langues parlées en Asie, en Alaska et au Groenland. D'autres réflexions, enfin, sont menées sur la « mort des langues », notamment par Claude Hagège.
Pour la linguistique, la distinction saussurienne entre synchronie et diachronie a été méthodologiquement féconde. En revanche, pour la socio-linguistique, l'homogénéité de la langue, telle qu'elle est appréhendée dans les « coupes » synchroniques, reste problématique. Aux yeux des chercheurs qui étudient l'usage effectif de la langue, c'est en effet la diversité et la variabilité qui sont premières. L'état de langue n'est en réalité jamais stable, il est toujours déjà traversé par la variation – dans le temps (« diachronie »), mais aussi dans l'espace géographique ou régional (« diatopie »), dans l'espace social (« diastratie ») ou encore dans le registre stylistique selon la situation (« diaphasie »). La « langue » et la « synchronie » de Saussure apparaissent à cet égard comme des abstractions.
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