La notion de dharma (« ordre », « religion », « lois ») recouvre tout ce qui constitue l'hindouisme dans sa spécificité : le rituel, la dogmatique, le droit, l'organisation sociale, etc. À ce titre, la « science [śāstra ou shâstra] du dharma » n'est pas autre chose qu'un exposé exhaustif de la « civilisation hindoue » en tant que telle, et c'est bien ainsi que le terme de Dharma-Shâstra est couramment employé, de nos jours encore. Au sens restreint cependant, il désigne plutôt la science juridique dans la mesure, du moins, où il s'agit du droit traditionnel, lequel ne se comprend que par référence (explicite et raisonnée) à l'enseignement, réel ou supposé, des Écritures sacrées (le Véda). Par exemple, l'ouvrage le plus célèbre en la matière, le Mânava-Dharmashâstra (connu en français sous le nom de Lois de Manu), s'ouvre par une cosmogonie et s'occupe autant de formuler les devoirs des ascètes (samnyâsins et sâdhus) que de codifier les règles concernant le mariage, l'héritage, etc. Ainsi est-on conduit au troisième sens du mot Dharma-Shâstra, celui d'ouvrage exposant les principes essentiels de l'hindouisme.
De tels ouvrages sont nombreux et présentent quelques traits communs : ils sont tous rédigés en sanskrit et ils font tous autant de place à la religion proprement dite (prescriptions rituelles, mythologie, pénitences) qu'à la législation. À l'origine (~ xe s. ?), ces traités affectaient la forme de sûtras (sūtra, « chaîne de propositions ») et se rattachaient aux textes rituels concernant la religion privée (gṛhyasūtra) ; quelques-uns nous sont parvenus, notamment ceux qui relèvent des écoles apastamba, baudhâyana, vaïkhânasa. Mais, très tôt (peut-être dès le ~ ve s.), ces sûtras ont fait place à des textes d'une plus grande ampleur, rédigés en vers, à la façon des purânas et des tantras. Les plus importants de ces Dharma-Shâstras sont, outre le Mânava-Dharmashâstra, ceux qui se recommandent de Nârada, de Yâjnavalkya, de Parâshara, voire de Vishnu lui-même. Ces noms, bien que fictifs, ont […]
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