2. L'ordre, condition de la vie
Tout en traitant des dispositions légales qui régissent la société, les traités de dharma ne laissent pas perdre de vue que le dharma est aussi la norme universelle cosmique. Ils professent une cosmologie d'après laquelle l'eau est la substance primordiale, ce qui correspond à la notion qu'elle est, dispensée par la régularité de la norme, la condition de la vie.
L'homme a quatre buts dans cette vie : dharma, la bonne disposition sociale et psychologique, ou la vertu ; artha, l'intérêt ; kāma, l'amour, et mokṣa, le salut. Un texte tamoul célèbre, les Tirukkuṟaḷ, qui est composé de sentences sur les trois premiers de ces buts, commence par le dharma (sous le nom de aṟam) et exalte d'abord l'importance de la pluie qui conditionne toutes choses.
Les traités de dharma et la littérature sanskrite générale comparent le dharma à un taureau qui se serait tenu sur ses quatre pieds (pāda, pied ou quart) pendant un premier âge d'or, puis au fur et à mesure d'une dégradation supposée des âges, aurait perdu un, puis deux, puis trois pieds et ne se tiendrait plus dans l'âge actuel de misère et de désordre (le kaliyuga) que sur un pied.
Cette notion imagée est associée à des précisions d'apparence scientifique sur la durée des âges du monde et qui ont pour base des spéculations numérologiques et astronomiques anciennes. 10 800 étant le nombre des unités de temps dans l'année, son produit par 40, nombre des syllabes des stances du Verbe cosmique, donne une « grande année » de 432 000 ans, qui est le kaliyuga actuellement en cours. Pour englober dans la grande année un plus grand nombre de révolutions célestes simultanées, l'ensemble des quatre âges est évalué à 4 320 000. Le kaliyuga correspondant à 1, les autres répondent respectivement à 4, 3 et 2, d'où l'image de la perte des pieds du taureau.
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