Multiple et insaisissable, l'œuvre de Dezso″ Kosztolányi, cet esthète entre tous, tire son originalité et son charme de l'abandon spontané aux paradoxes de l'esprit et de l'âme. Classicisme et impressionnisme, frénésie et tendresse, volonté de puissance et solidarité humaine alternent et s'organisent en une synthèse de clarté souriante chez l'Ariel des lettres hongroises, dont le talent s'illustra dans presque tous les domaines de l'activité littéraire. Il joua un rôle capital d'innovateur dans le mouvement occidentaliste de son pays, mais en défendant, à l'heure des engagements politiques, la pureté de l'écriture, il finit par s'affirmer comme le gardien d'un individualisme dépassé.
Au-delà des querelles de tendances et de doctrines, l'univers de Kosztolányi continue cependant de séduire en révélant un tempérament incandescent, attaché tout entier à la célébration des richesses de la vie, richesses qu'une lucidité stoïque oblige à envisager comme autant de masques diaprés du néant. Ce désespoir héroïque a su mettre à son service un style limpide, nerveux, toujours pertinent, dont l'exemplaire équilibre entre la vision concrète et la suggestion spirituelle situe l'auteur parmi les grands maîtres du langage.
1. Un champion de l'occidentalisme
Depuis la publication des lettres échangées entre Kosztolányi et ses amis de jeunesse, Mihály Babits et Gyula Juhász, les sources livresques, innombrables, sont plus ou moins identifiées. À ces étudiants ambitieux de la faculté des lettres de Budapest (Kosztolányi y fut inscrit entre 1903 et 1906, mais en 1905-1906, il suivit les cours de philosophie de l'université de Vienne), le monde s'offrait comme une immense littérature. À la recherche d'affinités modernes, ils s'orientèrent vers les parnassiens, les symbolistes et leurs héritiers, qui, d'emblée, devinrent pour eux une famille d'élection. Ce fut naturellement la rupture avec l'inspiration collective léguée par la tradition hongroise et dégénérée, d'ailleurs, en académisme stéril […]
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