2. L'unité du devenir
Il est bien difficile, tant du point de vue théorique que du point de vue pratique, de se satisfaire de ce disparate, comme il est d'autre part impossible d'admettre un devenir indifférencié. Justement, le devenir ne réunit-il pas l'unité et la dispersion, l'identité et la différence ?
• Le changement du changement
Quelles sont les conditions d'une telle unification ? Signalons-en quelques-unes, rangées selon l'exigence d'une fondation de plus en plus stricte du devenir.
Plusieurs auteurs présentent celui-ci comme « la série des changements » (Lalande). Dans cette définition, le devenir se trouve réduit au minimum. Du moins l'idée de série suppose-t-elle l'analogie des termes associés, même si le principe d'organisation leur reste extérieur.
Mais il y a mieux que des séries : des enchaînements de changements. Ceux que la technique humaine produit intentionnellement, mais aussi ceux que l'observation active et l'expérimentation découvrent. La maturation du fruit succède régulièrement à l'épanouissement de la fleur. Ainsi se tissent des séquences de devenir, constituées par la connexion de moments différents.
L'analyse révèle en outre la présence, enveloppée et intégrée, de certaines formes du changement dans d'autres. La maturation du fruit, altération biologique, est spécifique : elle ne s'accomplirait pas sans que s'effectuent des transformations chimiques qui, à leur tour, impliquent des déplacements. Le mouvement intervient d'ailleurs dans tous les changements, sans qu'ils puissent se réduire intégralement à lui.
Néanmoins, un véritable devenir, qui est autre chose et plus que la somme des changements, répond à de plus hautes exigences. Son unité réclame que chaque type de changement ne reste pas éternellement identique à lui-même, que son apparition ne soit pas un commencement absolu, ni sa disparition un anéantissement. Il faut que le changement s'altère. Le devenir, c'est ce changement du changement, la connexion profonde entre tous les changements. Exemples : les transformations de l'énergie illustrent le passage à des niveaux divers de changement ; la mort d'un animal est transfert du niveau biologique au niveau simplement chimique du devenir.
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