La notion d'épigenèse, pour expliquer la formation progressive de l'embryon, est suggérée pour la première fois par William Harvey en 1651, mais le vrai débat théorique a commencé au siècle suivant. Deux théories concurrentes ont tenté d'expliquer le développement de l'individu – l'ontogenèse – à partir des gamètes. Les partisans de la théorie de préformation, comme le naturaliste Albrecht von Haller, soutenaient que la spécificité du processus du développement pour chaque espèce s'explique par l'existence dans les gamètes d'un minuscule être préformé, une sorte de modèle de l'adulte, et le développement de l'individu n'étant autre que la croissance de ce modèle. L'« homonculus », l'homme minuscule dans le spermatozoïde en est la représentation la plus connue. Par opposition à la théorie de la préexistence du modèle miniaturisé, les partisans de la théorie de l'épigenèse, dont Kaspar Friedrich Wolff, pensaient que l'œuf est amorphe et que les organes de l'adulte se différencient graduellement. Aucune des deux théories n'était vraiment satisfaisante car, dans les deux cas, des questions fondamentales restaient inexpliquées. Les théories préformationnistes étaient confrontées aux difficultés d'expliquer pourquoi deux parents sont nécessaires pour la reproduction. De plus, la supposition de l'existence dans les gamètes d'un modèle préformé de chaque individu de chaque génération et l'emboîtement de ces modèles les uns dans les autres conduisent inévitablement à la question de l'origine du tout premier « modèle » et nécessite de supposer un acte de création comme point d'origine. Les partisans de l'épigenèse, de leur côté, avaient des difficultés à expliquer la spécificité du processus épigénétique pour chaque espèce. Pourquoi l'œuf de poisson se développe-t-il toujours en poisson, l'œuf de poule en poussin, etc. ? Quelle force pousse l'œuf à grandir et à se différencier ? Pour surmonter ces difficultés on invoquait souvent la « force vitale » – une hypothèse difficile à étudier par les moyens de […]
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