Dans le langage courant, le mot « deuil » renvoie à deux significations. Est appelé deuil l'état affectif douloureux provoqué par la mort d'un être aimé. Mais deuil signifie tout autant la période de douleurs et de chagrins qui suit cette disparition. Le deuil est donc constitutif d'une perte d'objet, au sens psychanalytique d'objet d'amour. Freud s'est intéressé dans son ouvrage Deuil et mélancolie (1915) à cette « maladie naturelle » que traverse l'endeuillé. Il a tenté d'y dégager les lignes directives du travail psychique que doit accomplir le survivant placé devant le fait que l'objet est irrémédiablement absent. Cette « maladie naturelle » constitue une épreuve de réalité bien spécifique. Il ne s'agit pas du premier travail psychanalytique sur ce sujet : Karl Abraham, élève de Freud, avait auparavant publié une recherche sur le deuil en rapprochant le tableau nosographique de la mélancolie — qui appartient au domaine de la pathologie mentale — de celui du deuil (Zentralblatt für Psychoanalyse und Psychotherapie, vol. II, no 6, 1912).
Dans le champ psychanalytique, comment se traduit cette épreuve de deuil ? Freud a mis en évidence, dans l'ouvrage précité, les modifications de la dynamique libidinale qu'engendre la disparition définitive d'un être aimé (c'est-à-dire d'un objet libidinal). Au cours du deuil, le sujet accomplit un ensemble d'opérations mentales : cet ensemble constitue le « travail de deuil » (Trauerarbeit). La personne aimée et disparue était investie libidinalement par le sujet. Aussi, lors du deuil, une partie de la libido qui se dirigeait sur l'objet est libérée et retourne sur le moi. C'est ce qui se traduit par le repli narcissique, car la libido ainsi soustraite du monde extérieur n'assure plus la prise sur la réalité. Phénoménologiquement, cela s'observe par un ralentissement des activités ou perte d'élan vital, un désintérêt pour le monde environnant, un repli sur la douleur et les souvenirs. Cette régression de la libido entraîne une identifica […]
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