5. Le problème du déontique et le dharma
Qu'en est-il donc du « devoir » ? La règle II, i, 43 de Pāṇini offre au grammairien Patañjali et à ses commentateurs la matière d'une discussion technique, mais qui montre, chemin faisant, que le terme r̥ṇa peut s'employer, par extension, au sens d'« obligation », « devoir ». Voici le résumé succinct de cette discussion. La règle pāṇinéenne porte sur des composés tels que varṣadeyam (« payable en un an ») ; elle stipule que certaines classes d'adjectifs verbaux d'obligation peuvent, « pour exprimer une dette » (r̥ṇe), se combiner, de manière à former un composé avec un nom qui indique le moment ou le délai du paiement : varṣa (« année »), deyam (« qui doit être donné »), varṣadeyam (« qui doit être donné [c'est-à-dire, en l'occurrence, restitué] au bout d'un an »). Patañjali demande si la règle est bien formulée : ne faut-il pas remplacer r̥ṇe (« pour exprimer une dette ») par niyoge (« pour exprimer une obligation ») ? Ainsi modifiée, la règle pourrait rendre compte d'expressions tout à fait correctes, comme pūrvāhṇa-geyam sāma (« mélodie [sāma] qui doit être chantée [geyam] le matin [pūrvāhṇa] »). Mais, après avoir considéré cette question, Patañjali refuse la réécriture de la règle : on peut garder r̥ṇe, car « dans ce monde, tout ce qu'un homme fait par obligation devient dette ».
Le substantif r̥ṇa est donc un synonyme possible pour niyoga (« obligation »). Nous aurons à revenir sur ce terme. Il nous faut auparavant, puisque nous avons abordé cette question du déontique, examiner comment sont assumées, en sanscrit, les fonctions qui, en français, sont celles du verbe (« devoir »).
Alors que le sanscrit possède des racines verbales signifiant « pouvoir » et « vouloir » (respectivement śak et iṣ), le verbe devoir manque. La racine arh, à laquelle on pourrait penser, signifie en réalité « mériter, être passible de, être engagé ou destiné à... ». Ce n'est que par commodité, et au prix d'une certaine distorsion, qu'on est amené à traduire […]
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