Accueil - Boutique - Contact - Assistance
Zone de recherche

Altas Auteurs Recherche thématique Dictionnaire
 

DETTE, anthropologie

Page précédente Page suivante

4.  La dette fondamentale et les dettes partielles

L'homme, en effet, dès qu'il naît, naît à l'état de dette : r̥ṇaṃ ha vai jāyate yo'sti. Le simple fait de naître charge l'homme d'un fardeau, tout comme le simple fait de naître entache le feu d'une souillure, dénote une souillure. Pour l'homme, la vie est un bien qu'il n'a pas sollicité et dont il se trouve encombré malgré lui comme d'un dépôt. Le même mouvement qui lui donne la vie l'en dépossède. On comprend que la dette originaire, constitutive, ne soit pas quelque chose qui affecte l'homme : elle est l'homme, comme il est dit dans Athrarva-Saṃhitā, VI, 117, 1 : « Ce que je suis d'emprunté, de non restitué, le tribut à Yama avec lequel je vais et viens... » Le créancier de cette dette, le propriétaire de ce dépôt, le roi qui réclame l'impôt non payé, c'est, en effet, Yama, le roi des morts, ou mr̥tyu, la mort elle-même. Être endetté d'emblée, sans rien avoir rien demandé, n'être que (par) sa dette : on comprend que cette situation porte l'homme à s'interroger sur les péchés inconscients ou semi-conscients qu'il a pu commettre quand il n'était qu'un petit enfant lascif sur les genoux de ses parents, ou même quand il n'était qu'un embryon dans le ventre de sa mère. Tel est le sens, en effet, des prières insérées dans les kūśmāṇḍamantra que le Taittirīya Āraṇyaka, avec une remarquable clairvoyance, fait dire au récitant. Cette culpabilité vague que l'on reconnaît et que l'on cherche à préciser par des conjectures anxieuses, ces fautes que l'on admet tout en s'efforçant de les présenter comme excusables ne rendent pas compte cependant de la dette fondamentale, initiale. (Que l'homme, selon le brahmanisme, naisse « en tant que dette », que cette dette soit la marque de sa condition de mortel ne signifie pas que la nature de l'homme soit déterminée par un péché originel. Comme le mot sanscrit r̥ṇa, « dette », peut parfois se colorer en « faute », les philologues allemands du xixe siècle, influencés peut-être par l'ambiguïté du mot Schuld, à […]

… pour nos abonnés, l'article se prolonge sur 15 pages… Offre essai 7 jours

Thématique

Classification thématique de cet article :

Retour en haut

Autres références

« DETTE, anthropologie » est également traité dans :

DERRIDA JACQUES (1930-2004)

Écrit par :  Catherine MALABOU

Dans le chapitre "« L'éthique du don »"  : …  sans rien donner » se trouve analysé en ses implications éthiques et politiques. Le thème de la *dette, depuis sa signification générale d'obligation envers l'autre jusqu'à son sens économique d'endettement d'un pays, par exemple, fait l'objet d'analyses qui interrogent la structure de l'échange. De Être et temps de Heidegger à l'Lire la suite
DON

Écrit par :  François POUILLON

…  une relation de sympathie, revêt en fait une dimension agressive. Car le cadeau crée une *dette. En obligeant son partenaire, le donateur acquiert sur lui de l'ascendant, sinon du pouvoir. Il le contraint à l'obligation, éventuellement coûteuse, de rendre et d'être pris, peut-être malgré lui, dans une escalade embarrassante, dans… Lire la suite
OCÉANIE - Ethnographie

Écrit par :  Daniel de COPPETJean-Paul LATOUCHE

Dans le chapitre "Le pouvoir politique et les échanges cérémoniels"  : …  la particularité de ne jamais être équilibrés, car, dans ce cas, ils pourraient être interrompus ; *il faut toujours que la dette soit pendante, mais sans être trop forte pour décourager un partenaire trop manifestement surclassé. Aussi le futur big man, comme on dit dans la langue « pidgin-english », s'efforce-t-il d'abord de faire… Lire la suite
POTLATCH

Écrit par :  Claude MEILLASSOUX

Dans le chapitre "Premières interprétations"  : …  Le potlatch, écrit Boas, « a deux choses en vue, [...] sages et dignes de louange : [...] payer ses *dettes, [...] placer les fruits de son travail de façon à en tirer le plus grand profit pour soi aussi bien que pour ses enfants » (Boas, 1898). Pour soutenir sa thèse, Boas assimile donc les couvertures à une monnaie, les coppers à des… Lire la suite

Retour en haut

Médias

Médias de cet article dans l'Encyclopædia Universalis :

Enseignement brahmane Yama, divinité hindoue de la Mort

Retour en haut

Accueil - Contact - À propos
Consulter les articles d'Encyclopædia Universalis : 0-9 A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
Consulter les articles d'Encyclopædia Britannica.
© 2012, Encyclopædia Universalis France S.A. Tous droits de propriété industrielle et intellectuelle réservés.

chargement du média