3. Le modèle mécanique du déterminisme
La pratique des sciences expérimentales au xixe siècle, dont la physiologie bernardienne a fourni l'exemple, ne peut se fonder pour autant entièrement sur elle-même. Nous avons avancé la thèse qu'elle use à bon droit de la catégorie de déterminisme, dès lors qu'elle délimite théoriquement et techniquement un objet spécifique. Mais nous avons vu qu'elle renvoie aussi à la donnée préalable des « conditions physico-chimiques ». Il s'ensuit que toute explication repose aussi sur un « déterminisme » antérieur qui, pour l'ensemble des sciences naturelles, fonctionne comme un fondement et un modèle : le déterminisme mécanique. Il est à la fois, et contradictoirement, l'horizon d'une réduction possible des sciences particulières à une théorie unitaire du mouvement matériel, et source des applications complexes qui déterminent historiquement leur spécificité.
Il faut d'abord rappeler nettement que le déterminisme n'est pas à proprement parler un concept mécanique. La théorie mécanique, même « classique », peut s'exposer sans avoir aucunement besoin de se définir « déterministe ». Le déterminisme désigne en fait l'existence même de lois mécaniques, c'est-à-dire de l'objet théorique de la mécanique.
• Atomes, forces, univers
Dans sa forme classique, la théorie mécanique comporte la définition de trois concepts : la description de l'état instantané d'un système de points matériels, la loi du mouvement (sous forme intégrale ou sous forme différentielle), et la nature des forces qui s'exercent sur le système.
Pour déterminer l'état mécanique d'un système de points matériels à un instant donné, il faut en caractériser la position géométrique (trois coordonnées spatiales par point si on utilise un repère cartésien), et l'état dynamique (trois coordonnées dynamiques par point, représentant les projections de sa vitesse sur chaque axe du repère). Un système de n points matériels est donc, dans le cas général, entièrement caractérisé à chaque instant par 6 n coordonnées ind […]
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