2. Destin et vocation
Ce que nous avons pu appeler destin du Christ, à la suite de Kierkegaard, mérite en réalité l'appellation de vocation : l'étymologie de ce terme marque d'entrée de jeu sa différence d'avec le destin. Vocare, appeler, signifie que toute vocation s'adresse à l'individu, appelé par son nom, en tant que lui-même. Cet appel peut conférer un nom propre : ainsi d'Israël, ou du processus du baptême. Ce procès d'appel détermine une série de différences reposant sur deux conceptions des rapports entre la finalité et l'individu.
Pour l'individu voué au destin, la finalité qui s'empare de lui est externe, relevant soit d'une divinité aveugle, soit d'un déterminisme pensé comme « implacable » et encore imprégné de « grécité ». La vocation implique au contraire une finalité interne, telle que l'individu se sent appelé à participer du Dieu qui l'y convie. Non que cet appel soit clair, en opposition au destin obscur : en tous les cas, la vocation comme l'appel relèvent de la clairvoyance d'une certitude subjective, donc d'un clair-obscur. Cependant l'instant de la clairvoyance n'est pas le même. Immédiat dans le cas de la vocation et n'impliquant aucune résistance, il est différé dans le cas du destin, et c'est ce retard qui définit la temporalité du destin : quand la clairvoyance survient à l'individu destiné, sa mort est proche et son temps près de sa fin. Ainsi se révèle la différence essentielle entre la vocation et le destin : la vocation n'implique pas la mort et s'insère dans l'indéfinie temporalité de l'histoire divine. L'appelé par Dieu fait sa vocation dans le cadre d'une résurrection qui l'introduit d'emblée dans l'immortalité : c'est tout le sens du vœu, et de la règle monastique par exemple, d'être une loi mimétique de la loi divine. Tout à l'inverse, la mort transforme la vie de l'individu en destin, fixant les limites de l'humaine temporalité ; par là, l'individu marqué par le destin devient héros après sa mort, tel Œdipe à Colone, exemplaire et pour […]
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